Biodiversité : moins de la moitié des espèces menacées sont protégées en France

6 mai 2026

Ecrit par : Rémy Poncet, , remy.poncet@axaclimate.com

AXA Climate, l’entité du Groupe AXA dédiée à l’adaptation climatique, publie une étude inédite sur la biodiversité en France et ses outre-mer. Elle révèle que seules 43 % des espèces menacées, identifiées selon des méthodologies scientifiques reconnues à l’échelle internationale, sont protégées par la loi. Elle dévoile également d’importantes disparités géographiques, la France métropolitaine étant le 3e territoire le moins bien protégé. Enfin, si les oiseaux et les mammifères sont bien protégés (95%), c’est beaucoup moins le cas des insectes (6 %), malgré leur rôle clé dans nos écosystèmes naturels. Dans ce contexte, AXA Climate sensibilise les entreprises à l’importance de bien mesurer les risques pesant sur la biodiversité, au-delà de la seule conformité réglementaire, afin de sécuriser pleinement leurs chaines d’approvisionnement.

 

La perte de biodiversité s’accélère et est largement reconnue comme l’un des risques systémiques les plus importants auxquels l’humanité est confrontée

 

À mesure que les écosystèmes se dégradent, les services qu’ils fournissent, tels que la pollinisation, la fertilité des sols, la régulation de l’eau et la stabilité climatique, s’affaiblissent, affectant directement les systèmes économiques et sociaux. La protection des espèces menacées est donc devenue un pilier central des stratégies mondiales de biodiversité.

L’objectif de protection de la biodiversité est mis en œuvre à travers deux dispositifs complémentaires. Le premier est l’évaluation scientifique, notamment via la « liste rouge » de l’UICN (Union internationale pour la conservation de la nature).

Le second dispositif consiste en des cadres législatifs. En France, la protection des espèces est principalement régie par le Code de l’environnement (L.411-1, 2016) et précisée par des réglementations nationales et régionales. En tant qu’État membre de l’Union européenne, la France doit également mettre en œuvre les directives et règlements européens, ainsi que des accords internationaux.

 

Moins de la moitié des espèces menacées sont protégées

 

En France, moins de la moitié (43 %) des espèces évaluées comme menacées sont protégées par la loi. La protection augmente avec le risque d’extinction, atteignant 39 % pour les espèces « vulnérables », 43 % pour les espèces « en danger » et 51 % pour les espèces « en danger critique d’extinction ».

Ce décalage reflète un problème structurel plus large. Les connaissances scientifiques évoluent rapidement, avec de nouvelles évaluations d’espèces et des révisions de statut qui reflètent régulièrement les menaces émergentes. De son côté, la protection juridique s’inscrit dans un calendrier politique et administratif plus lent.

Enfin, signalons que certaines espèces non menacées sont pourtant protégées en raison de l’intérêt qu’elles suscitent au sein de la société (des papillons ou des libellules, par exemple). L’étude souligne ainsi qu’une proportion importante (68 %) des espèces protégées par la loi ne sont pas considérées comme menacées.

Pour réduire le décalage identifié, les auteurs plaident pour une approche centrée sur la protection des espèces qui jouent un rôle structurant dans les écosystèmes, les espèces « clés de voûte », ainsi que sur les habitats et les fonctions écologiques qui les soutiennent.

 

Des disparités géographiques importantes

 

En France, les disparités géographiques révèlent à la fois des asymétries en matière de connaissances et de protection. Plus que 100 000 espèces de faune et de flore sont ainsi répertoriées en France métropolitaine et en Corse, contre seulement 28 704 en Guyane française, malgré ses vastes écosystèmes amazoniens et une richesse endémique supposée plus élevée.

La part d’espèces ayant fait l’objet d’une évaluation du niveau de menace varie considérablement entre les territoires français, allant de 52 % à Saint-Barthélemy et 55 % à Wallis-et-Futuna, jusqu’à 97 % en Terre Adélie (en Antarctique). La France métropolitaine et la Corse s’établissent à 89 %, au-dessus de la médiane de 79 %.

Cependant, la part d’espèces ayant fait l’objet d’une évaluation n’est pas corrélée aux résultats en matière de protection. La France hexagonale et la Corse abritent le plus grand nombre absolu d’espèces évaluées comme menacées, soit 1 445 au total, mais seules 34 % d’entre elles sont protégées par la loi.

Les territoires d’outre-mer riches en biodiversité tels que la Nouvelle-Calédonie, la Polynésie française, Mayotte et la Guyane française combinent un nombre important d’espèces menacées avec une couverture de protection modérée, allant de 45 % à 70 %.

 

Des protections inégales entre vertébrés et invertébrés

 

Les vertébrés indigènes bénéficient d’une couverture quasi totale, les oiseaux, les reptiles et les mammifères menacés étant protégés à environ 95 % et les amphibiens à 88 %, tandis que les Petromyzonti (une catégorie de poisson sans mâchoires) atteignent 100 %.

En revanche, la protection chute fortement pour la plupart des groupes d’invertébrés. Les bivalves (ou mollusques) et les anthozoaires (comme les coraux) atteignent environ 42 à 43 %, et les insectes menacés, malgré leur immense richesse en espèces, ne bénéficient que de 6 % de protection.

« Notre étude montre que la conformité réglementaire à elle seule ne garantit pas que les risques pesant sur la biodiversité sont gérés », expliquent Dr Julie Rode, Responsable de la recherche sur la nature, Raphael Marchand, Ingénieur en données sur la nature, Remy Poncet, Responsable de l’innovation en matière de résilience agroalimentaire, et Geoffroy Dufay, Responsable de l’assurance agricole et du développement des investissements chez AXA Climate, auteurs de l’étude. « Or, de nombreux secteurs, notamment l’agriculture, dépendent de fonctions écosystémiques soutenues par des espèces négligées par la réglementation. Lorsque ces fonctions sont perturbées, c’est la stabilité même des systèmes alimentaires qui est en jeu. C’est pourquoi il est clé de s’intéresser à cet angle mort et de mieux évaluer ce type de risque pour sécuriser les chaines d’approvisionnement. Dans ce cadre, une attention toute particulière pourra être portée aux espèces « clés de voûte ». Pour une entreprise, investir dans la connaissance de la biodiversité peut devenir un facteur de différenciation stratégique. »

Comment développer une stratégie biodiversité ?
2026Mai_Protection des espèces_LivreBlanc_FR

Pour plus d'informations, contactez Rémy Poncet, , remy.poncet@axaclimate.com

Voir les références

Vous aimerez peut-être aussi :

"Rotate Device to Portrait"